Commencer à enseigner

Publié le 1 Juillet 2014

Il y a quelque temps, la question de savoir quand commencer à enseigner m’a été posée. Je ne me souviens plus du moment exact où j’ai commencé à enseigner. Comme tout le monde, j’ai probablement un jour été le pratiquant le plus ancien présent sur le tatami alors que le professeur était absent.

 

Il y a bien sûr eu quelques saisons en différents endroits avec à chaque fois son lot d’anecdotes, mais toujours une part d’expérience qui m’a été utile par la suite. Aujourd’hui cela fait sans doute un peu plus d’une douzaine d’années que j’enseigne à l’année, dont sept à Herblay.

 

 

Il y a un moment où l’on quitte le domicile familial. Comme le passage à l’âge adulte peut se passer paisiblement avec confiance ou passionnément avec déchirement, l’évènement peut se produire de bien des façons mais finalement, quand la question se pose pour un pratiquant d’ouvrir un cours, c’est simplement qu'il en est devenu capable.

Ayant acquit suffisamment d’expérience pour s’orienter par lui-même, il a besoin pour poursuivre sa progression d’expérimenter et de diriger ses propres recherches. S’il ne le fait pas pour de mauvaises raisons, son art se figera et il cessera probablement de pratiquer. 

 

Cela ne signifie pas qu’il n’a plus rien à apprendre de son maître ou qu'il quitte le dojo mais plutôt qu’il devient le moteur de sa propre progression, qu’il a son élan propre. Et probablement viendra-t-il encore longtemps se ressourcer aux côtés de ses condisciples.

 

 

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Quels pièges éviter? Ne pas avoir conscience de son propre niveau, de sa place au sein du dojo. Se croire meilleur que ce que l’on est, c’est être aveugle et la progression est impossible. Se croire moins bon, c’est être myope et la progression est difficile. Dans les deux cas, se méprendre n’apporte que déceptions et rancoeur.

 

Plus la personne qui nous enseigne nous apporte dans notre progression, plus nous nous faisons une haute idée de ce qu’est notre art et de ce que doit être un enseignant. Meilleur est le professeur, plus haute sera la barre.

 

Alors, quand il s’agît de franchir le pas, cela peut sembler insurmontable. Surtout si l’on se compare à un professeur expérimenté qui enseigne depuis longtemps. Si il va de soi que l’on ne sera jamais aussi bon le premier jour que le 1000ème, que rien ne sera jamais parfait, que l’on fera des erreurs à chaque fois que cela sera possible, peut-être que malgré tout cela les erreurs du premier cours seront différentes de celles du 1000ème.

 

 

La véritable question alors est de savoir comment s’en sortir une fois que les cours auront commencé. C’est à ce moment là que l’on commence réellement à percevoir la difficulté d’enseigner et l’étendue de ce que l’on doit à son professeur.

 

La première qualité d’un professeur est celle d’être sincère. Comme on ne peut pas se mentir à soi même, on ne doit pas mentir aux autres. Cela veut dire que lorsque l’on n’a pas de réponse à une question, on ne cache pas son ignorance, on cherche, on travaille. Et peut-être les réponses finiront elles par devenir satisfaisantes. Un professeur inexpérimenté mais sincère saura gagner le respect de ses élèves. Alors qu’un professeur même expérimenté qui dissimule ou use de faux-semblants n’aura au mieux que des pantins.

 

C’est en faisant progresser ses propres élèves qu’un professeur peut lui-même progresser, qu’il est dans l’obligation de s’améliorer sans cesse. 

 

 

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Évidemment, il n’est possible d’enseigner que ce que l’on est capable de réaliser, c’est cela notre niveau. Pas ce que nous étudions mais que nous sommes encore incapables de démontrer.

 

Il faut s’adapter aux élèves, se mettre à leur portée suffisamment près pour qu’ils puissent saisir ce dont il s’agît, mais suffisamment éloigné pour qu’ils doivent faire l’effort de progresser.

 

Il faut enseigner aux élèves ce dont ils ont besoin. Pas seulement ce qu’il nous plaît de pratiquer  ou seulement nos points forts, mais l’ensemble des points à travailler afin qu’ils soient des pratiquants complets, qui n’auront pas nos faiblesses.

 

 

Mais aussi cher à nos yeux que soit notre art, nous ne pouvons pas attendre de chacun le même investissement dans l’entraînement que celui qui nous a amené à prendre le chemin de l’enseignement. Car si chacun pratique pour des raisons qui lui sont propres et qu’il faut espérer que chacun deviendra talentueux au delà de sa mesure, tous ne deviendront pas enseignants.

 

Si nous resterons à jamais redevables envers nos maîtres, enseigner à nos élèves avec la volonté de les rendre meilleurs que nous-mêmes, avec la même patience et la même bienveillance que celles qu’ils ont eu envers nous, est la seule chance que nous ayons de pouvoir jamais honorer notre dette.

 

 

Et ce, malgré la bêtise et l’incompréhension dont nous continuons de faire preuve encore aujourd’hui.

 

 

Issei Wack Seiza

 

 

 

Merci à Patrice pour les photos.

Rédigé par Issei Tamaki

Publié dans #Aïkido et Budo

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