Étudier ou dépasser le Maître

Publié le 3 Septembre 2013

Enseigner est une chose ardue. C’est une grande responsabilité quand des élèves viennent recevoir votre enseignement car ils ont confiance en vous. Il incombe donc à l’enseignant avant tout, de ne pas transmettre d’erreur. C’est une des raisons pour lesquelles on peut être avare de mots. Car chaque mot compte et chaque mot imprécis ou mal explicité amène invariablement à une erreur d’interprétation. Ce qui équivaut à envoyer un élève dans les orties. Dans le doute, je crois qu’il vaut mieux laisser l’élève aller seul visiter les bas-côtés de la route et le tirer d’affaire, plutôt qu’après l’y avoir poussé.

 

C’est pourquoi, autant que possible, j’essaie de transmettre à chaque pratiquant par le toucher plus que par la parole. Néanmoins, je me rends bien compte que cela peut ne pas suffire. 

 

 

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Enseigner...

 

On ne peut comprendre que ce que notre propre niveau nous permet d’appréhender. L’enseignant met sur la table un certain nombre de choses à disposition des élèves mais il ne peut en forcer aucun à assimiler quoi que ce soit. Il incombe à chacun de faire la démarche et l’effort d’aller se servir et de faire siens les principes et les techniques qui sont à sa portée. Au fur et à mesure, l’étudiant découvre l’étendue de ce qui lui est proposé. Mais cela non plus, ne peut à mon sens être suffisant. 

 

Comprendre et assimiler ce qui nous est démontré et expliqué, aussi difficile que cela puisse paraître, ne peut être considéré comme un exercice compliqué puisque tous les outils et toutes les clés nous auront été donnés. Il n’est besoin pour cela que de parcourir le chemin qui aura été éclairé pour nous. C’est un travail qui peut être assimilé à faire ses devoirs et qui encore une fois appartient à chacun, mais qui permet de mettre ses pas dans ceux de son prédécesseur.

 

 

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Etudier... 

 

La véritable difficulté, en revanche, est de pouvoir saisir ce qui ne nous aura pas été expliqué. Cela veut dire découvrir ou redécouvrir seul les principes qui auront étés démontrés ou pas par un expert. Peu importe les raisons pour lesquelles ce que vous avez trouvé n’a pas été expliqué, ce qui compte, c’est que vous en avez découvert le sens par vos propres moyens. C’est le signe que vous ne vous contentez pas d’assister à un cours du fond de la classe d’être nourri par intraveineuse, mais que vous êtes en mesure de vous nourrir seul, l’esprit en éveil et que vous interrogez votre pratique par vous-même sans attendre qu’on vous donne des réponses et sans vous contenter des réponses, en cherchant à les mettre en pratique.

 

Chercher seul à incorporer la technique par la pratique, c’est le seul travail qui permet de développer les sensations, c’est le travail solitaire qui permet de progresser en l’absence de guide, de conseil ou de partenaire, c’est le travail qui permet de découvrir par soi-même et de devenir autonome, c’est le travail qui peut permettre à l’élève de poursuivre le chemin emprunté par son Maître.

 

 

 

Aruku

Avancer seul...

 

 

 

Rédigé par Issei Tamaki

Publié dans #Aïkido et Budo

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marc 18/09/2013 17:31


Bonjour,


j'ai eu une petite réaction en lisant votre dernier paragraphe "c’est le travail solitaire qui permet de progresser en l’absence de guide, de conseil ou de partenaire"


En l'absence de guide, de conseil ou de partenaire, c'est en effet un travail solitaire. Mais permet-il vraiment d'aller loin dans la recherche et le progrès ? En karaté il y a les kata qui se
pratiquent seul et là encore il y a le souci de la non-correction et souvent on intègre dans nos réflexes des erreurs. Je parle d'erreurs de fond pas de forme, bien plus grave pour notre
cheminement. Ayant peu fait d'Aïkido, mais je peux dire qu'il en est de même dans le ïai.


La critique est le seul miroir qui permet de progresser. Celle-ci peut-être l'auto-critique, encore faut-il se voir véritablement et un miroir ne suffit pas (j'utilise la caméra pour ma part, je
ne suis pas narcissique mais c'est le meilleur moyen pour progresser seul). Mais la meilleur critique vient des autres. Elle peut venir d'un guide, d'un partenaire ou d'un élève.


C'est pour cette raison que je me suis mis à enseigner. Loin de mon "guide", il m'a fallu trouver des moyens de remplacement. Il y a les stages avec la possiblité d'avoir des partenaires
expérimentés mais à un stage par mois cela limite. Et il y a eu les élèves, ils m'obligent à me remettre en question, pourquoi je fais comme çà et non autrement ? Si je fais ceci pour çà alors
cela je dois le faire aussi pour çà, donc il faut que je modifie mon travail pour m'améliorer. Chaque année je dis un grand merci à mes élèves même débutants pour tout ce qu'ils m'ont ...
enseigné.

Issei Tamaki 20/09/2013 20:30



Cher Marc,


J'ai fait de la réponse à votre commentaire un post complet:


http://www.isseitamaki.com/article-de-l-entrainement-en-solitaire-120140925.html


En vous remerciant pour la lecture,


Issei


 



Christian Vanhenten 05/09/2013 09:59


Sujet passionnant, inépuisable, merci. Les mots sont parfois faibles pour évoquer cela. Juste envie de compléter en disant que ce que nous transmettons comme enseignant d'aikido est une attitude
et qu'à ce titre il n'y a pas vraiment quelque chose à comprendre mais peut-être une question de résonance entre le vécu du professeur et l'élève. Infinité de détails dans le geste (sans compter
ce qui n'est pas "visible"), paroles abondantes ou rares, ce que l'on transmet est une impression, une expérience incarnée. De celà prend ce qu'il est venu chercher, et j'écris prends
intentionnellement car il y a une démarche active. J'aurais pu écrire saisir, synonyme de prendre .. et de comprendre. Amicalement

Issei Tamaki 05/09/2013 13:34



Cher Christian,


 


Merci pour la lecture.


 


Vous avez raison c'est un sujet inépuisable: chacun venant trouver ce qu'il est venu chercher, chaque enseignant proposant ce qu'il a à proposer. 


 


Pour ma part, je ne cherche pas à transmettre qu'une attitude, mais c'est un choix personnel.


 


Quoi qu'il en soit, les personnes partageant les mêmes centres d'intérêts finissent toujours par se retrouver et c'est là l'essentiel.


 


Amicalement,


 


Issei