Sans force

Publié le 7 Mai 2013

La chose la plus simple que j’ai jamais comprise, probablement avant même d’avoir débuté les arts martiaux, c’est l’inutilité totale de l’usage de la force.

 

D’abord parce que je n’ai jamais été particulièrement fort. Ensuite parce que j’ai eu la très grande chance de naître après mon frère Léo. Et que dans notre enfance, il n’y avait aucune opportunité possible avec cinq ans de différence. Je n’ai souvenir d’aucune bagarre entre nous. Nous avons par contre passé un nombre incalculable d’heures d’entraînements à travailler ensemble. En des lieux, des moments et aussi parfois des situations ou des états riches d’enseignements.

 

 

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Coup de poing de bar

 

 

J’ai donc commencé par faire usage des outils dont je disposais à l’époque sans me rendre de l’inégalité avec laquelle la nature dote les gens à leur naissance. Quand j’ai commencé le Wu-Shu vers 7 ans, il y avait un exercice pendant l’échauffement qui consistait à être adossé à un mur et poser le pied sur l’épaule du partenaire devant nous qui devait le redresser le plus haut possible selon les possibilités de chacun. A l’époque je ne comprenais absolument pas l’intérêt de cet exercice: mes partenaires me collaient le pied au mur par dessus la tête et j’attendais impatiemment que l’on passe à l’exercice suivant. Évidemment, les autres avaient du mal à faire l’exercice mais bon, ce n’était qu’un détail.

 

Ce n’est que quelques années plus tard vers 12 ou 13 ans, après avoir cessé de perdre mon temps à faire des exercices d’assouplissement, que je me suis rendu compte au Dojo de la Montagne Ste Geneviève, que finalement, je n’arrivais plus à lever aussi bien la jambe que quand j’étais petit. Evidemment, les cours d’Aïkijutsu de David Huynh regroupaient des pratiquants d’horizons variés mais toujours de taille... adulte. Je me rends compte maintenant qu’en suivant Léo aux entraînements sans me poser de question, je ne me rendais pas spécialement compte de ma nanitude par rapport aux autres. Et j’affrontais alors simplement de mon mieux avec gants, protège-dents et plus ou moins de bonheur, des boxeurs de la Légion ou des compétiteurs de Judo qui devaient peser deux fois mon poids. La non plus, l’usage de la force ne m’était pas permis.

 

 

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Coup de tête de foire

 

 

Vers 15 ou 16 ans je découvris l’Aikido avec Jacques Bardet mais surtout très rapidement, l’Aikido de Maître Tamura. Et je découvris enfin quelqu’un capable de réaliser ce qu’intuitivement j’avais toujours su et dont j’avais beaucoup entendu parler mais que personne jusqu’ici n’avait été capable de démontrer.

Non seulement, Maître Tamura ne faisait pas usage de la force, comment aurait-il pu en étant plus petit et plus maigre que moi, mais de plus, on pouvait très clairement voir que quiconque tentait de faire usage de la force face à lui se piégeait seul et terminait inexorablement au sol.

Cette leçon que recevait toute personne passant entre ses mains semblait pourtant si évidente et les gens venant s’en repaître si nombreux que l’on aurait pu croire que l’inutilité de l’usage de la force était devenu une vérité établie. Ce n’était pourtant pas le cas.

 

http://www.isseitamaki.com/article-chutes-stages-et-communication-non-verbale-107686473.html

 

Nombreux étaient ceux qui tentaient de reproduire la forme démontrée par Maître Tamura. Peu étaient ceux qui tentaient de la reproduire sans faire usage de la force. Le plus fou était de constater que même les femmes et les plus frêles ne cherchaient pas d’autre moyen de renverser leur partenaire plus épais qu’eux alors que la démonstration venait d’être faîte devant leurs yeux. A croire que les Aïkidokas étaient tous des fils uniques et que j’étais le seul à avoir un frère aîné.

 

 

 

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Jo dori raté

 

 

Ce n’était pourtant que la première et la plus simple des leçons à assimiler. Car lorsque l’on se trouvait face à Maître Tamura, l’espace semblait se rétrécir, nos possibilités de mouvement s’amenuiser et nos réactions invariablement trop tard. Lui pourtant, semblait toujours bouger lentement et ma souplesse ne m’a jamais été d’aucune utilité face à lui. Plus jeune, plus rapide, plus souple ou plus fort, rien ne semblait avoir de prise avec ce vieillard au regard pénétrant, nous aurions pu tout aussi bien avoir plus d’aisance avec les pieds coulés dans du ciment.

 

Il est évident que si l’on tente de changer les mouvements de son corps en profondeur il s’agît d’un travail de longue haleine. Et donc que durant un certain temps, nos mouvements flous et indéterminés ne produiront aucun effet. Mais ce n’est qu’à ce prix que l’efficacité intemporelle que pouvait démontrer Maître Tamura pourra se faire jour, en abandonnant complètement nos force, vitesse et souplesse mais aussi notre efficacité temporaire ne reposant que sur ces qualités là.

 

 

 

Tamura Lesneven08

Jo nage réussi

 

 

A partir de là peut-être, peut-on commencer le travail en profondeur et l'entrainement maladroit...

 

http://www.leotamaki.com/article-33606706.html

 

 

 

 

Rédigé par Issei Tamaki

Publié dans #Aïkido et Budo

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Fabien 13/05/2013 14:13



Issei Tamaki 16/05/2013 00:31



C'est malheureusement le genre de choses qui est généralement enseigné la plupart du temps... ;-(!



Fabien 12/05/2013 17:16


Et comment on fait pour tirer ou pousser fort sans force alors ?

Issei Tamaki 12/05/2013 21:16



Mais mon cher Fabien, il suffit tout simplement de frapper de prime abord aux testicules de toutes ses forces... ;-)!